Chroniques littéraires

Pas de trois – Tome 1 : L’or et le fer, Gwladys Viscardi

Auteure : Gwladys Viscardi | Genre(s) :  Réécriture de conte | Nombre de pages approximatif : 390 |Autoédition | Parution : Novembre 2019
Trouvable en ebook et format papier dans la librairie en ligne de Book on Demand et sur Amazon

Résumé :
« En fuite après avoir commis l’irréparable, la belle Emma, égarée, épuisée, finit par trouver refuge au sein de bois inconnus, où les ondes paisibles du lac et les lentes allées et venues des cygnes ne suffisent à adoucir la perte de sa vie passée.

Le Prince Rawdon, vain et solitaire, rencontre la jeune femme lors d’une partie de chasse et tombe immédiatement sous son charme.

Mais dans la forêt, le danger rôde. L’enchanteur qui y a élu sa demeure, perçoit Emma comme une menace à de secrets desseins et, furieux, jette sur elle une cruelle malédiction. Cygne le jour, humaine la nuit, projetée au sein d’enjeux qui la dépassent, tout salut semble impossible, si ce n’est la mystérieuse, ténébreuse, et non moins inquiétante Eva.

Et si la fille de l’enchanteur pouvait se révéler une alliée inattendue ? »


2copmia Mon avis :

Un immense merci à l’auteure, Gwladys Viscardi qui m’a accordé sa confiance pour ce service presse et cette lecture magnifique !

Je suis heureuse de retrouver l’auteure pour une nouvelle réécriture de conte(ballet) !
Son écriture unique m’avait beaucoup plu, et c’est avec plaisir que je me plonge dans une nouvelle œuvre de sa plume !

Une fois encore, la couverture est magnifique et je ne peux que saluer l’auteure de son choix, et le talent de l’illustratrice, Anna Dittmann.

Gwladys Viscardi nous propose dans Pas de trois des personnages complexes et sinueux, voire réellement effrayants pour certains.

Emma est une jeune femme en fuite, expulsée malgré elle de son jardin d’Eden – ou plutôt de son palais doré et confortable.
Elle a commis l’irréparable. Cette faute dont elle est l’auteure est grave ne nous est pas révélée tout de suite. Quelques indices, un souvenir édulcoré : ce secret nous est retransmis par morceaux.
Elle vit désormais avec une épée de Damoclès planant au-dessus d’elle, qui la force à se réfugier dans la forêt, à se débrouiller par ses propres moyens.
Princesse sublime et blanche comme l’ivoire, elle pourrait ressembler à la malheureuse Odette de l’histoire originale… sauf qu’Emma a la subtilité d’user de son sourire d’ange à dessein. Sa beauté est un don, et quoi de plus naturel que de s’en servir ?

Eva est une ombre énigmatique. Elle a un caractère fort et dirigeant, l’esprit cartésien et une langue aiguisée. Elle n’est cependant guère bavarde, et même une once bravache.
Qui est-elle ? Que veut-elle ? Que sait-elle ? Ce n’est que par force du temps que les réponses se dévoilent et les révélations se font.
Une réelle importance est donnée à son « background », son histoire, et je l’ai trouvée très intéressante.

Le prince Rawdon m’a semblé d’abord être un engrenage nécessaire mais pas fondamentalement profond. Il aime chasser, est très bientôt ébloui par Emma au point de l’aimer à la folie, mais il ne m’a pas paru très « épais ». L’auteure bien heureusement se consacre à son personnage, et nous permet de le suivre un moment, pour nous permettre à le connaître et le comprendre davantage. M’en reste l’idée qu’il a été plus un instrument pour les protagonistes qu’un vrai protagoniste, mais il ne s’agit pas tant d’un mauvais point. Par cette manœuvre audacieuse, l’auteure se concentre sur ses personnages féminins, et leur donne ainsi presque les pleins pouvoirs dans cette histoire !

Rothbart est d’une noirceur incroyable. Il n’apparaît que peu, mais il reste toujours présent dans le récit comme une ombre planant sur l’histoire et les personnages.

Il reste des attaches avec le conte-ballet évidentes, mais le travail de réécriture du conte, toute personnelle, est intéressant et riche.

Le sortilège, l’enchanteur, le bal, les deux jeunes femmes en noir//blanc, le prince salvateur sont des éléments sauvegardés de l’histoire originale. Mais ils sont incorporés dans une reprise littéralement spéciale. Le noir et le blanc ne sont plus faits pour s’affronter mais pour s’équilibrer et s’allier, l’asservissement du féminin n’est que le nourrissage de la rancœur et de la force de caractère, ….

Le style d’écriture est magnifique, quoiqu’un peu plus compliqué j’ai l’impression ici que dans Promenons-nous dans les bois, notamment avec des phrases qui contiennent davantage de brisures syntaxiques, ce qui fait parfois perdre de vue l’antécédent.

J’ai aimé la navigation entre les personnages. J’ai eu l’impression de voir l’envers du tableau, un autre point de vue – qui nous éloigne un temps d’un/plusieurs personnage(s) pour découvrir l’intimité d’un autre; parfois pour revenir dans un événement passé.
La rupture m’a semblé d’abord étrange (pourquoi abandonné les jeunes femmes dans un moment aussi fatidique de leurs actions ?) mais j’ai apprécié me pencher sur le prince qui n’avait – comme je l’ai dit plus haut – eu guère plus d’importance qu’un bras porteur d’épée jusqu’alors.

Une part que j’ai trouvé admirable aussi est l’intérêt porté sur la violence sur les femmes.
Sans expliquer (au risque de spoiler!) où se trouve le lien entre l’intrigue et le sujet, je voudrais cependant souligner son importance et sa justesse. Plusieurs personnages féminins se font sévèrement violentées, frappées (voire frôlent le viol ?…). L’un des personnages en particulier est un monstre de cruauté et de sadisme. Pourtant, le personnage féminin ne se laisse pas docilement battre. Ou du moins, elle ferme les yeux stoïquement pour ne pas lui donner la jouissance de la voir souffrir, et se promet de se venger et de se dresser contre lui.

La fin m’a surprise a plusieurs égards :  elle est précédé par un épisode de confusion générale autant sur le fond que sur la forme. J’ai été un petit peu perdue, ne parvenant pas à suivre le déroulement des actions assez clairement. De ce fait, j’ai été décontenancée lorsqu’est apparu l’épilogue…
Mais il s’agit du premier tome d’une duologie, les réponses viendront certainement plus tard… à voir ! k32thao_8KjrT4G9xL959MJhOf0

En résumé, une œuvre toujours très belle de Gwladys Viscardi et une reprise bien personnelle, où le cygne blanc n’est pas si immaculé et l’oiseau noir pas si sombre, où l’histoire d’amour n’est pas telle qu’on peut l’imaginer notamment…
Je retrouve la voix de l’auteure qui affirme ses personnages féminins et ses idées, dans une histoire singulière et originale.

Je ne pense pas l’histoire aisément accessible de prime abord, il faudra prendre le temps d’apprécier et être un peu patient pour se familiariser avec le style unique de l’auteure, mais je peux assurer que cette réécriture mérite de s’y intéresser.

Retrouvez également mon article sur l’autre roman de l’auteure, Promenons-nous dans les bois, qui avait été un vrai coup de cœur ~tumblr_m9gcuvmluS1qzckow

Et vous, connaissiez-vous ce livre ? Avez-lu l’autre réécriture de l’auteure ?
Qu’en pensez-vous ?

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