Chroniques littéraires

Le Bois-sans-songe, Laetitia Arnould

Auteure : Laetitia Arnould| Genre(s) : Réécriture de conte de fées| Nombre de pages approximatif : 460| Maison d’édition : Magic Mirror | Parution : Octobre 2018
Couverture par Mina M Illustration

 

Résumé :
« Il est des larmes qui ne sèchent pas. Il est des blessures qui restent ouvertes.
Il est des êtres qui les surmontent quand d’autres finissent par sombrer.
Il est ceux qui les gardent en eux. À jamais.
Comment survivre quand on est la seule personne éveillée parmi des êtres en proie à des cauchemars éternels ?

Princesse héritière de Modighjem, Liv se retrouve isolée, prisonnière de son pays désormais morne, séparée du reste du monde par un bois infranchissable, né le soir de la malédiction. Jusqu’au jour où son destin erratique croise celui de ce personnage entouré de ténèbres, avec son parapluie pagode et ses airs de prince maudit…
Pourquoi continuer à vivre quand les personnes qui nous étaient chères ont été massacrées, quand une principauté entière a sombré face à la rage des hommes et que l’on est seul, le dernier représentant de son peuple ?

Lennart Leifsen a choisi la vengeance comme raison d’exister. Retranché dans son lugubre manoir, penché sur son rouet, il tisse chaque soir, à partir de ses larmes, le sort qui maintient les Modigs sous le joug de ses tourments. Jusqu’à ce que survienne cette jeune fille dépenaillée, aussi agaçante qu’inconsciente, et que les larmes providentielles se refusent à lui…»

2copmia Mon avis :

Petit dernier des Éditions Magic Mirror, je suis heureuse de retrouver la plume de Lætitia Arnould ! J’avais déjà lu, de la même maison d’édition, son œuvre intitulée Ronces blanches et Roses rouges.
Cette lecture a beaucoup attendu dans ma PAL et je regrette un peu… mais voilà qui est chose faite !

La plume de Lætitia Arnould est toujours un plaisir à lire. J’ai vraiment été contente de la retrouver, dans son écriture tantôt douce tantôt très poétique et toute en subtilités.
J’ai énormément aimé les descriptions minutieuses et vivantes des personnages, autant dans leur tenue que dans leur apparence et leur mentalité. C’est une véritable force de l’auteure je trouve : décrire en quelques traits, insuffler dans les détails le caractère des personnages. D’une peinture illustrative, nous avons ainsi quelques pistes du portrait moral, ou éléments de son histoire.

Les protagonistes sont plein de charisme.
Liv est une jeune femme plus que déterminée, même si elle peut parfois être ébranlée et douter par moments, ce qui la fait vaciller dans ses convictions jusqu’à les renverser parfois complètement. Elle fait preuve d’une insolence inouïe, frisant parfois l’impolitesse et l’audace dangereuse. Je n’approuve pas toutes ces décisions, elle m’a parfois un peu agacée à rester bornée et refuser de retirer ses œillères, ou au contraire à changer d’avis pour y revenir la minute suivante. Mais elle était aussi la seule « humaine », à ne pas accepter l’injustice du massacre de l’ennemi pour les seuls mots d’une prophétie et vouloir lever la malédiction qui faisait souffrir plus d’innocents que de responsables.
Lennart est un homme drapé de mystère. Son histoire est indubitablement sombre, mais floue. Sans savoir, on ne peut comprendre, et il nous apparaît purement et simplement haïssable, comme à Liv. Quoique. Je l’admirais. Cette façon de porter le masque, le laisser parfois tomber inconsciemment avant de s’en parer de nouveau…
Je souligne aussi son autorité hautaine, son éloquence fine, sa violence rageuse ou insidieuse qui font de lui un personnage impressionnant.

La force des sentiments et des pensées des personnages est déployée, intense. Volonté, colère, angoisse. Comment ne pas sentir tout cela avec eux ? Que ce soit haine ou espoir.
La plume de Lætitia décrit ses mouvements d’humeurs et sentiments, ces remous, ces vagues de l’âme parfois destructrices, parfois caressantes comme une houle douce après la tempête…

La magie telle qu’elle est conçue est absolument unique et originale.
D’une larme, tisser le fil de la malédiction. D’une mêlée de ronces, décrire l’âme et les sentiments d’un homme.
C’est très poétique, et la description est incroyable. Je n’ai pas eu la moindre peine à imaginer, concevoir.

Les différentes parties du roman sont organisées comme un jour qui se lève après une longue nuit. Progression lente du noir à la lumière ? Du cauchemar à l’espoir ? Parfois, comme un songe, quelques souvenirs se glissent entre les pages.
Cela nous éclaire.
C’était très beau…

La reprise du conte de la Belle au Bois dormant est incontestablement originale, transfigurée autant que reconnaissable : les fées, la prédiction au baptême, le rouet, la forêt de ronces, le château et ses habitants ensorcelés, la piqûre sur l’aiguille, le sommeil… Tous ces éléments sont conservés, parfois complètement changés, mais bien là. Pour certains, ils gardent même leur terrible importance…
L’utilisation fine du Lutin Ferme-l’Œil, conte d’Andersen, est tout aussi géniale : elle œuvrait comme un passé pour éclairer le présent.

J’ai été un poil déroutée quand est venue la partie Jour, vers la fin. Je ne m’attendais pas à me heurter à de tels antagonistes. C’était peut-être dans ces pages, que j’ai eu l’impression que tout allait très vite, que cela manquait parfois un peu de clarté dans les intentions ou les actes… c’était un peu confusant.
Mais l’épilogue rétablit l’équilibre ; ce qui semble être une fin brutale, presque choquante, se résout, bien heureusement. Je garde quelques interrogations, quelques éléments évoqués ne trouvent pas réponse alors que j’aurais aimé quelques lumières… Rien de très important, mais je reste curieuse.

En résumé, une nouvelle réécriture profondément travaillée et astucieuse, mais aussi plus sombre, où les sentiments des personnages sont intenses, la magie aussi poétique que significative. Un vrai plaisir aussi de découvrir l’histoire du lutin Ferme-l’Œil que je ne connaissais pas ! yellow-heart_1f49b

Et vous ? Avez-vous lu ce livre, ou d’autres œuvres du même auteur ? Ou de la même maison d’édition ? Que pensez-vous de l’idée de reprendre les contes ?
Dites-moi tout !
Retrouvez également mon article sur Ronces blanches et roses rouges de Lætitia Arnould, Le Lac des cygnes d’Alice Sola et La Bête du Bois perdu de Nina Gorlier, toujours de Magic Mirror ~

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